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Algérie. Que se passerait-il si Noureddine Bedoui démissionnait ?

Le départ éventuel de l’actuel Premier, sans la chute de son gouvernement, ne changera rien à la donne.

Noureddine Bedoui a été, officiellement, nommé par Abdelaziz Bouteflika, au poste de Premier ministre, le 12 mars 2019, après le retrait du président sortant de la course à la présidentielle initialement prévue pour fin avril courant. En réalité, tous les observateurs sérieux y voient l’œuvre de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président. 

Aussitôt rejeté par les Algériens, le nouveau chef de l’exécutif qui jusqu’à cette date, détenait le maroquin du ministère de l’Intérieur, a eu du mal à former son gouvernement. Il lui a fallu 19 jours pour dévoiler la liste de ses ministres. Le président démissionnera deux jours plus tard, le 2 avril 2019. Pour ne pas perturber la procédure, son frère, Saïd, fut placé en résidence surveillée pendant trois jours, puis libéré, une fois la Direction des services de sécurité (DSS)  transférée de la Présidence au ministère de la Défense.

Un gouvernement pour assurer les arrières du clan

D’une logique implacable, la succession des évènements montre clairement que le cabinet Bedoui a été désigné pour assurer les arrières du clan Bouteflika. Ce stratagème a-t-il été concocté avec le consentement du Général Ahmed Gaïd Salah ou pas ? Rien n’est moins clair. Celui-ci a toutefois gardé le poste de vice-ministre de la Défense et le 4 avril, un décret présidentiel replace dans son girond la DSS débarrassée de son encombrant chef, Bachir Tartag ; en attendant la désignation du chef d’État par intérim par les deux chambres du parlement, le président démissionnaire étant toujours habilité à signer des décrets. 

En tout état de cause, le 26 mars, une semaine avant la démission d’Abdelaziz Bouteflika, le chef d’état-major avait appelé à l’application de l’article 102 de la constitution sur l’état d’empêchement du président, pour raison de santé. 

Qu’importe ! Aussi bien dans sa globalité qu’au niveau des individualités, le gouvernement Bedoui –celui-ci étant un proche de Nacer Bouteflika, également frère du président- est totalement dévoué à la mission d’arrière-garde du clan Bouteflika. 

Dans ces conditions, que se passerait-il, si sous la pression de la rue, l’actuel Premier ministre venait à démissionner ?

Durant la période de présidence intérimaire, l’article 104 de la constitution ne prévoit qu’un seul cas de démission et de remplacement du Premier ministre : dans le cas où celui-ci « est candidat à la présidence de la République ». « Dans ce cas, la fonction de Premier ministre est assumée par un autre membre du Gouvernement, désigné par le chef de l’État ». À supposé que par assimilation à la démission pour acte de candidature, la démission pour désaveux populaire s’opère dans les mêmes conditions, ça serait toujours un membre du gouvernement imaginé par Saïd Bouteflika qui sera aux manettes durant toute la période électorale.

En clair, à elle seule la démission de Bedoui ne change rien à la donne. C’est le départ de tout son gouvernement qu’il faudra obtenir. 

Aucune solution constitutionnelle

Dans les conditions actuelles, ce de coup de balaie ne peut être obtenu que par la pression populaire. Car, même dans l’hypothèse d’une sagacité divine –on peut toujours rêver ! – Abdelkader Bensalah –désigné chef d’État le 9 avril- se résolvait, enfin, à répondre à l’appel de la rue, il ne pourrait absolument rien faire. 

Et pour cause, le Gouvernement en exercice « au moment de l’empêchement, du décès ou de la démission du Président de la République, ne peut être démis ou remanié jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau Président de la République », stipule l’alinéa 1 de l’article 104 de la constitution. 

Quant à une éventuelle chute du gouvernement du fait du rejet de son programme ou d’une motion de censure –actes déjà exclus dans ce contexte, par la constitution-, il vaut mieux ne pas y penser. Elle est tout simplement impossible pour deux raisons au moins. En premier lieu, à cause de cette même disposition de l’article 104 et puis, il faut bien le dire, la majorité des parlementaires est acquise au clan Bouteflika, contre le peuple.

La seule sortie de crise consiste donc à résoudre la crise politiquement et non dans le cadre constitutionnel. Sinon, le peuple sera dans l’obligation de mettre en place ses propres institutions. À moins que la justice découvre des éléments qui entrainent la chute de toute la cour du clan.

Dahmane SOUDANI

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