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Assassinat de Jamal Khashoggi. Ryad aux abois

Le régime s’empêtre dans ses mensonges et sacrifie le responsable du renseignement.

 

Dans ses alinéa a, d, g et i de l’article 5, la convention de Vienne (1963) sur les relations consulaires énonce que la protection des ressortissants du pays représenté par un consulat, qu’il s’agisse de personnes physiques ou morales, et la délivrance des documents de voyage, à ces mêmes ressortissants, figurent parmi les premières missions des chancelleries. Ce même article souligne également la nécessité pour ces représentations de prêter secours et assistance aux ressortissants et de les représenter ou « prendre des dispositions afin d’assurer leur représentation appropriée devant les tribunaux ou les autres autorités de l’Etat de résidence pour demander, conformément aux lois et règlements de l’Etat de résidence, l’adoption de mesures provisoires en vue de la sauvegarde des droits et intérêts de ces ressortissants lorsque, en raison de leur absence ou pour toute autre cause, ils ne peuvent défendre en temps utile leurs droits et intérêts ».

Traquenard de délinquants aux mœurs dissolues

Il est aisé de relever que la principale mission des institutions consulaires consiste à protéger et à soutenir les ressortissants de leur pays et à défendre leurs intérêts. Autant dire que pour les personnes qui se retrouvent dans la circonscription d’un consulat, ces représentations doivent faire office d’asile sacré. Mais aucun texte de droit international ne prévoit qu’un poste consulaire puisse devenir ou se transformer en un lieu de torture et d’assassinat d’un ressortissant à l’instar du spectacle affligeant que nous offre aujourd’hui le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul ; un dévoiement criminel qui s’est malheureusement soldé par la mort, le 2 octobre dernier, du journalise du Washington Post -depuis septembre 2017- Jamal Khashoggi, de nationalité saoudienne, mais résidant aux États-Unis. S’étant rendu au consulat de son pays, sur la base d’un rendez-vous pour la régularisation d’une situation administrative, celui-ci est tombé dans un traquenard digne des délinquances aux mœurs des plus dissolues et qu’aucun État digne de ce nom ne peut se permettr

Jamal Khashoggi entrant consulat Ph. écran NT-DS

Jamal Khashoggi entrant au consulat dont il ne ressortira jamais (photo DR)

Sanglante chevauchée

Les mains trempées de sang –et ce n’est pas une première-, Ryad s’empêtre dans des mensonges cousus de fil blanc. Après avoir déclaré que le journaliste avait quitté le bâtiment consulaire, la monarchie absolutiste reconnaît que Djamel Khashoggi, est mort au consulat, mais à la suite d’une bagarre en soulignant toutefois, pour se disculper, que les agents à l’origine de la mort du journaliste ont tenté de dissimuler son décès aux autorités.

 

Mais la presse turque révèle que, informé du rendez-vous du journaliste, un commando de quinze personnes était arrivé à Istanbul à bord d’un jet privé et a exécuté Jamal Khashoggi après lui avoir fait subir les pires sévices ; un ressorticide –à nouvelle réalité, nouvelle terminologie-. Ce commando était dirigé par Maher Abdulaziz M. Mutreb (47 an), agent du prince héritier et véritable détenteur du pouvoir, Mohamed ben Salman. Un deuxième agent de ce prince Saif Saad Q. Alqahtani (45 ans) a participé à cette sanglante chevauchée.

Le commando se compose également  de :

  • 4 agents de la garde royale, Fahad Shabib A. Albalawi (33 ans), Abdulaziz Mohammed M. Alhawsawi (31 ans), Mohammed Saad H. Alzahrani (30 ans) et Khalid Aedh G. Alotaibi (30 ans) ;
  • 4 militaires, Thaar Ghaleb T. Alharbi (39 ans), Waleed Abdullah M. Alsehri (38 ans), Meshal Saad M. Albostani (31 ans) et Naif Hassan S. Alarifi (32 ans) ; ce dernier étant un élément des forces spéciales ;
  • 2 agents des services secrets, Mustafa Mohammed M. Almadani (57 ans)  et Mansour Othman M. Abahussain (46 ans)
  • 1 médecin légiste Salah Muhammed A. Tubaigy (47 ans)
  • 2 autres personnes Badr M. Alotaibi (45 ans) et Turki Muserref M. Alsehri (36 ans) dont on ne connaît pas les fonctions.

« Le bourreau et le souverain forment un couple »

C’est Salah Muhammed A. Tubaigy, le médecin légiste, qui aurait dépecé le corps de Djamel Khashoggi, un véritable boucher au bistouri. Membre de forces de l’air, Meshal Saad M. Albostani est, depuis, mort des suites d’un accident de voiture le 18 octobre dernier. Il est sans doute le maillon faible de ce groupe de criminels et de leur funeste entreprise. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est impossible qu’un tel groupe fasse ce déplacement et avec de tels desseins sans que les dirigeant saoudiens ne soient au courant. « Le bourreau et le souverain forment un couple », disait  Roger Caillois (instinct et société)

Le commando Ph. écran N .T.-DS

Le commando de la chevauchée funeste (photo DR)

Dans un deuxième temps, accablée par des preuves irréfutables et sous la pression internationale, la monarchie s’est dite prête à sacrifier le général major et responsable du renseignement Ahmed al-Assiri, un proche de Mohamed ben Salman qui aurait mal interprété les ordres du prince ou fait preuve d’excès de zèle. C’est un aveu clair de l’implication du prince héritier.

Cynisme

En tout cas, la position de la monarchie est d’autant plus indéfendable que les services turcs seraient en possession d’un enregistrement audio, réalisé depuis la montre Bluetooth de la victime que ses assassins n’ont pas pensé à désactiver. Selon toutes vraisemblances, ces enregistrements confirment la version de tortures suivies d’assassinat. Par ailleurs, un autre service de renseignement étranger aurait enregistré des communications entre Ryad et son consulat  à Istanbul. Selon ces communications, l’ordre de l’assassinat serait venu des plus hautes sphères du pouvoir. Et le président turc, Recep Tayyip Erdogan promet de « dire toute la vérité sur la mort du journaliste », probablement mardi prochain.

Aux abois, le régime de Ryad déclare ne pas savoir où se trouve le corps de la victime après avoir confirmé, en début de semaine, la mort du journaliste. Comble du cynisme, on apprend, ce dimanche, que le roi et le prince héritier ont appelé le fils de Jamal Khashoggi pour lui présenter leurs condoléances, faisant fi d’une exigence simplement humaine qui veut que pour faire son deuil, la famille du défunt a besoin du corps de la victime.

Les raquetteurs des deniers saoudiens s’y mettent

Hélas ! Il s’agit là d’un crime de plus commis par les primates de Ryad, mais un crime commis dans des conditions et des circonstances qui interdisent sa banalisation tant sa symbolique est forte et sa dissimulation aux opinions est impossible. Même les grands raquetteurs habituels des avoirs des citoyens saoudiens, en contrepartie  du maintien en survie artificiel du régime de Ryad, condamnent ce meurtre. L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont vivement condamné le meurtre de Jamal Khashoggi et exigent des clarifications urgentes. Rappelons, pour mémoire, que c’est Londres qui, par son vote et son lobbying a permis à l’Arabie saoudite de jouer un rôle important au sein de la Commission des droits de l’Homme des Nations unies. Trahissant leurs propres valeurs, ces mêmes pays ont fermé les yeux sur la promotion du terrorisme et le maintien des femmes en situation d’incapacité civile par Ryad ainsi que les massacres commis par ce même régime au Yémen.

Le limogeage du général Ahmed al-Assiri est-il possible dans les conditions actuelles ? Comment vont réagir les autres forces intérieures. Quel stratagème la monarchie va-t-elle inventer pour remettre ou simplement ne pas remettre le corps du journaliste. Les pays qui ont pris le pli d’utiliser la monarchie comme tiroir-caisse, en fermant les yeux sur ses crimes, vont-ils aller au-delà des simples déclarations d’intentions ou alors vont-ils se contenter de prises de positions sans lendemain ?  Ce sont autant de questions qui font que, déjà dépourvue de toute légitimité, cette pétromonarchie est à présent, et plus que jamais, en mode de navigation à vue. Pour s’en sortir, il n’est pas exclu qu’elle risque de jouer la carte d’une diversion d’un genre inédit.

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