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Égypte. Le massacre de Bir al-Abed dans le Sinaï. Quelle lecture et quelles leçons en tirer ?

Les terroristes sont les premiers responsables de cet odieux massacre de masse, mais leurs mentors sont-ils blancs comme neige ?

Le bilan est lourd, très lourd,  près de 310 morts et une centaine de blessés dans l’attaque de vendredi dernier, dirigée contre les fidèles de la mosquée al-Rawda dans le village de Bir al-Abed, à l’ouest d’al-Arich, la capitale du nord du Sinaï en Égypte ; un véritable bilan de guerre signé du groupe terroriste Daech et de ses satellites, agissant dans la péninsule. Pour mémoire, rappelons que la mosquée objet de ces attaques d’une violence et d’une haine inouïes est un lieu de culte soufi, un courant mystique de l’Islam qui n’est pas du goût des terroristes de Daech et d’al-Qaïda.

Du sang pour des législations toujours plus répressives

Les pensées, les condoléances et les dénonciations ont afflué de gens simples et sincères, mais aussi de chefs d’états et de gouvernements et de certaines organisations nationales et/ou transnationales. On condamne, on pleure, on en profite pour faire des sorties politiques version émoi, du reste sans lendemain ; quoi que même l’émotion a pris des allures sélectives, à géométrie variable, auxquelles la presse d’une dynastie mondiale –il faut appeler les choses par leur nom- s’y prête allègrement. L’expérience récente nous montre que la politique de l’émoi a pour seule finalité de justifier des décisions politiques qu’on ne pourrait même pas aborder si elles devaient être le fruit d’un débat serein. Elles ont pour première finalité de donner des tours de vis supplémentaires aux libertés dans les pays où les remises en cause de l’empire sont les plus porteuses.

Bien évidemment les responsables directs de ces horreurs inqualifiables sont les terroristes qui, de sang froid et sans aucun sentiment d’humanité, sont passés à l’acte.

La terreur comme variable d’ajustement géostratégique

Mais l’exemple de la Syrie nous montre clairement que malheureusement, au mépris du droit international, des États qui se sont autoproclamés des patries de toutes les libertés arment, soutiennent politiquement, stratégiquement, financièrement et militairement le terrorisme, en transitant, lorsque les conditions l’exigent –seulement lorsque les conditions l’exigent- par des interfaces comme la soi-disant armée syrienne libre –véritable service d’ordonnancement de Daech, ISIS dans sa version poétisée anglo-saxonne- ou le groupuscule al-Zangui -salissant au passage le nom de ce grand pourfendeurs des croisades disparu en 1146-.

Aujourd’hui, les découvertes de preuves sont quotidiennes, mais la presse de la dynastie mondiale et de ses filiales mettent une véritable chape de plomb sur ces informations et refuse délibérément de les livrer à son lectorat. Elle a l’oreille chaste édulcorée à la grande finance ;

Hélas ! trois fois hélas ! dans un regain d’appétit néocolonial, les terroristes sont aujourd’hui instrumentalisés comme variable d’ajustement géostratégique. Et tant pis pour les femmes, les filles et les fillettes enlevées, violées et mutilées. Elles se comptent par milliers dans les villages isolés syriens et irakiens. Ces crimes sont l’œuvre de Daech, d’al-Nosra, mais aussi des groupuscules que les laboratoires de communication politique au service du crime international de masse, ont cyniquement estampillé «rebelles modérés ».

Des labels réservés aux États qui ne se soumettent pas à l’ordre de l’empire

Les pays arabes ne sont pas en reste. Profitant du jeu ambigu de l’Égypte, la ligue arabe est devenue un instrument de faire valoir de la politique rétrograde de la dynastie dégénérée et filialisée des Ibn Saoud. On a d’ailleurs très vite compris pourquoi les grandes puissances ont fermé les yeux sur le coup d’État d’al-Sissi. En fantassin de la dynastie mondiale, il est en mission commandée. Tant qu’il est dans cette logique, il peut massacrer la moitié de l’Égypte, personne ne lèvera le doigt, personne ne dira qu’al-Sissi doit partir et personne ne dira, non plus, qu’il est en train de massacrer son propre peuple. Ce son des labels réservés aux pays qui ne se soumettent pas à l’ordre de l’empire. L’exemple du président chilien, feu Salvador d’Allende, assassiné en 1973, est là pour nous rappeler que le premier critère de déstabilisation d’un pays par l’empire n’est pas la nature du régime, mais son degré d’allégeance.

Par le truchement d’organisations « caritatives », l’Arabie Saoudite est le principal pourvoyeur idéologique, financier et militaire du terrorisme en Syrie et en Irak. Tout le monde le sait, mais puissance des pétrodollars exige, tout le monde se tait –on se rappellera des déclarations scandaleuses de Manuels Valls lorsqu’il était aux affaires et que la presse de l’empire et de ses courtisans s’est empressée de blanchir au nom de la soi-disant realpolitik qui n’est rien d’autre que la défense des intérêts des grands groupes -. Inutile de compter sur les pays satellites des Ibn Saoud pour secouer le cocotier. Le Qatar est pourtant un bel exemple du retour de bâton.

Les guerres de religion : un point commun avec la guerre nucléaire

Omnipotent et ignorant, le régime des Ibn Saoud s’évertue à installer un schisme violent dans le monde musulman. Ses dirigeants devraient regarder, un peu dans le rétroviseur de l’histoire pour comprendre qu’outre le fait que les guerres de religion sont injustes et humainement injustifiables, elles ont un point commun avec la guerre nucléaire : À l’exception des désastres et des tragédies humaines, elles ne conduisent à rien. Les guerres de Religion en Europe –il y en a eu huit en France durant la Renaissance- ont eu pour seul bilan des atrocités effroyables et des destructions désastreuses. On sait quand et comment commencer une guerre de religion, mais personne ne peut prédire quand et comment elle va finir. En Europe elles ont duré plus de 30 ans. Avec les armes modernes, en matière d’extermination collective, la Saint Barthélemy ferait pâle figure. Les applaudissements se feront entendre ailleurs ; les larmes de crocodile aussi. En tout cas, en tant que « gardienne des lieux saint de l’Islam », l’Arabie Saoudite devra s’interdire ou être interdite de semer les divisions au sein du monde musulman. Ce n’est pas sa vocation. Sa seule vocation, c’est d’être consensuelle et d’agir pour un développement harmonieux et orienté vers l’avenir du monde musulman.

La démocratie par la force armée : une plaisanterie de mauvais genre

La démocratie dans le monde arabe ne viendra d’aucune action militaire de pays étrangers. Outre le fait que de tels agissements soient impardonnables, elles ne font qu’éloigner les citoyens des pays subissant ces tragédies de l’exemple des grandes puissances. De plus, il apparaît évident que certains pays impliqués dans les conflits dans le monde arabe ne sont pas sincères dans leur soi-disant quête de la démocratie. Sinon, comment expliquer qu’ils n’y aient trouvé aucun démocrate, aucun embryon de mouvement ou de partie démocratique avec qui travailler. Et comment expliquer que, dans sa grande majorité, la presse de l’empire fasse preuve d’un grand zèle lorsqu’il s’agissait de détruire un pays arabe –Irak, Libye, Syrie…- et qu’elle jette un silence pesant et obscure sur l’aide à l’instauration de la démocratie ?

De la fait-diversification du bombardement d’un pays arabe

Dramatiquement, bombarder un pays arabe, relève aujourd’hui du fait divers. Au lieu de tenter de briser cette logique dévastatrice, par mimétisme stupide, l’Arabie Saoudite participe à ce jeu de massacre au Yémen. Les exemples de Libye et de l’Irak montrent que ces véritables agressions -1 million de morts en Irak- qui du reste, n’ont rien de chevaleresque, ne s’appuient sur aucune raison valable et montre simplement avec quelle facilité, les pays dit démocratiques trahissent leurs propres valeurs sur ces territoires. Leurs dirigeants et leurs scribes accroupis ne sont même pas capables de s’interroger sur la façon dont les populations de ces pays qui voient leurs familles et leurs foyers anéantis vont réagir. À moins que ces réactions possibles aient été anticipées comme conditions nécessaires pour gonfler les rangs d’organisations terroristes serviables et corvéables à merci.

Bir al-Abed est aujourd’hui une cité martyre ? Des mères, des pères, des frères, des sœurs, des grand-mères et des grands-pères …, pleurent un, voire des proches.

La dynastie mondiale jubile. Elle gagne sur tous les plans et en porte-voix plus ou moins rampant, la presse de l’empire et de ses courtisans s’attache à blanchir ces agissements criminels et à culpabiliser tout ce qui bouge et à momifier toutes les opinions qui dérangent. Il ne lui manque plus que la formule « édité avec le privilège de la cour ? ». En excroissances ultimes du système de communication de l’empire, on trouvera toujours des fantassins en col blanc –véritables bouffons de la cour- ou le pauvre bougre du coin, scandant depuis la fange où il baigne : « C’est la vérité, ça a été dit à la télé » pour nous enfoncer un peu plus dans le drame.

Les partis politiques sont morts, vive les leudes

Cela dit, nous autres, citoyens simples, sommes nous innocents ? Certainement pas ! Par impuissance résignée, par mécanismes d’identification ou par simple souci de survie, notre attitude évolue vers quelque chose qui s’apparente, à la fois, au masochisme et au syndrome de Stockholm. De ce fait, nous sommes, au moins, coupables de délit non-sauvegarde collective – à nouvelle réalité, nouvelle terminologie-. C’est d’autant plus vrai que qu’après avoir transformé les partis politiques en syndicats d’intérêts, dans les démocraties dites avancées –prénotion qui au demeurant ne correspond à rien-, l’empire leur a, sans crier gare, substitué un système de leudes moyenâgeux, illustré par l’élection d’Emmanuel Macron en France. Plus besoin de partis politique avec un programme lisible et identifiable, mais juste d’un nouveau candidat qui correspond à l’agenda du moment de la dynastie mondiale. En bon portier du panthéon, le système médiatique dominant se chargera, dans un deuxième temps, de pulvériser tous les concurrents sérieux et de nous convaincre que c’est le candidat qui correspond le mieux à nos intérêts.

Des simulacres émotionnels pour se donner bonne conscience

Qu’allons nous faire ? Il y a eu mort d’hommes. Les images que nous avons vues correspondent bien à des pertes réelles de vie, des souffrances, de la douleur, des traumatismes…, qui provoquent les mêmes que les peines que nous pouvons ressentir en de pareilles circonstances –des évidences qui ont, hélas !, besoin d’être rappelées-. Rester les bras croisés et attendre la prochaine boucherie pour nous livrer à des simulacres émotionnels afin de nous donner bonne conscience ? À moins d’un miracle, le salut ne viendra pourtant pas de nos dirigeants. Tenus par des engagements pré-électoraux, ils sont pour la plupart d’entre eux dans une logique d’allégeance. Il ne viendra que d’un mouvement citoyen puissant qui, dans l’immédiat, sur la base d’une plateforme claire, pourrait exiger, au moins, une enquête des Nations-Unies sur les liens de différents pays avec les mouvements terroristes comme al-Qaïda, sa syrienne filiale al-Nosra et Daech et tenterait d’empêcher, sous peine de destitution, nos dirigeants d’avoir la moindre connivence avec les mouvements terroristes et/ou leurs sponsors. C’est le strict minimum qu’on puisse exiger pour tant d’atrocités et de vies humaines fauchées depuis des années dans divers pays de par le monde, par le terrorisme et ses sponsors.

Il faudra bien évidemment exiger un combat sans concession contre le terrorisme. Reste qu’à elle seule, la répression ne suffit pas et peut par ses excès, produire l’effet inverse. Sans une approche sérieuse des conditions et des raisons des radicalisations –il n’y a pas qu’une seule- et d’un plan stratégique d’actions avec des moyens dignes des défis auxquels nous sommes tous confrontés, on n’aboutira à rien. La recette simpliste qui consiste à culpabiliser les parents ne marche pas. C’est une forfaiture à l’endroit de personnes déjà fragilisées et subissant elles-mêmes d’innombrables injustices ; injustices qui, au demeurant, sont le ferment essentiel du repli sur soi et des radicalisations. Et sur ce point, c’est la responsabilité des pouvoirs publics qui est engagée.

Dahmane SOUDANI

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