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France. Le Front national surfe sur l’incapacité des dirigeants à contractualiser

À Brignoles dans le Var, le Front national a, encore une fois,  ébranlé le système politique français déjà fragilisé par les turpitudes des grandes familles politiques.

Il a fallu de peu pour que Laurent Lopez, le candidat du FN soit élu, dimanche dernier, dès le premier tour, aux cantonales partielles à Brignoles dans le Var. Un véritable séisme politique qui, depuis, ne cesse de secouer les états-majors politiques, tant à gauche qu’à droite. Ce coup de tonnerre est d’autant plus puissant qu’au premier round, le candidat du parti d’extrême droite est arrivé en tête, devant Catherine Delzers (UMP) et Laurent Carratala (PC) soutenu par le PS. Ces deux derniers candidats se sont contentés des modestes résultats respectifs de 20,8% et de 14,6% des suffrages exprimés. Et aussi bien la gauche que la droite républicaine ne sont au bout de leur peine, car c’est un dissident d’extrême droite, Jean-Paul Dispard, qui leur a permis de limiter les dégâts en privant le parti de Marine Le Pen de 9,1% des suffrages. Sans cette dissidence, en prenant en compte les voix perdues à cause des dissensions internes, l’extrême droite aurait pu placer son candidat, dès le premier tour. L’autre acteur de ce succès du Front national, c’est l’abstention, principalement à gauche ; loin de nous l’idée de nous laisser tenter par la culpabilisation les électeurs. « Les électeurs de Brignoles, comme beaucoup de Français n’y croient plus dans leurs responsables politiques », déclarait le Villepiniste Bruno Le Maire (UMP) sur BFM-TV.

Potentiel de rupture inexploité

 

Quand voit ce que le PS et ses alliés font de la chance unique qu’ils ont d’être majoritaires au sein des deux assemblées parlementaires, d’avoir l’exécutif national entre les mains, la majorité des Départements et 20 des 22 régions de l’Hexagone, pour quel résultat ? Juste pour faire preuve d’une impuissance résignée devant une Europe qui, au lieu d’être un outil d’harmonisation des institutions et de suivi de leur fonctionnement, s’affirme et se confirme comme une construction idéologique obnubilée par le dogme de « concurrence libre et non faussée », dogme idéologique élevé au rang de principe universel voire de mythologie des temps modernes –Et tout le monde a intérêt à se mettre au garde-à-vous, sinon, c’est la chasse à courre, une traque où les chiens font plus de mal que les tireurs–. L’hégémonie de cette idéologie conduit les dirigeants élus sur un programme et des engagements différents à adopter une attitude de duplicité. On l’a bien vu, récemment, avec François Hollande sur l’âge légal de départ en retraite. C’est d’autant plus dommageable que le président français dispose d’un réel potentiel de rupture.

La Chine n’adhère pas au dogme européen et pourtant, d’ici 2030, elle sera bel et bien la première puissance économique mondiale.

«L’avant-goût du mal qui est le calcul, et l’arrière-goût qui est le zéro »

Quand, à ce niveau des responsabilité, on s’amuse avec les engagements pris, inutile de chercher des boucs émissaires ou de faire semblant d’être heurté par les percées des partis qui utilisent la démocratie et les valeurs républicaines pour les assassiner sur l’autel de la haine et de la xénophobie ; inutile de taper sur les plus démunis, en les condamnant à une inaptitude lignéale de faire ce le commun des mortels peut réaliser, juste pour racoler l’électorat de l’extrême de droite. Inutile de cloner Nicolas Sarkozy désavoué, qu’il fut, par ses propres concitoyens, inutile non plus de s’évertuer, coûte que coûte, à attaquer militairement un pays souverain, membre des Nations Unies, en dehors de la légalité internationale, sans même prendre la peine de tenter de comprendre ce que voulait réellement le président américain. Ce ne sont pas des ressources de popularité et ce d’autant que cela rappelle l’excès de zèle de Nicolas Sarkozy en Libye. En politique la triangulation ne fonctionne pas à tous les coups.

On peut perdre une élection dans la dignité et le respect de ses engagements pris. Il y a des défaites qui valent mieux que toutes les victoires. Victor Hugo disait : «L’avant-goût du mal qui est le calcul, et l’arrière-goût qui est le zéro ».

Machine à fabriquer des godillots

 

Dans cette embourbée, même dans l’opposition, l’UMP a, elle aussi sa part de responsabilité. Le simulacre d’élection à la présidence de ce parti parti, il y a un peu moins d’une année n’est pas de nature à rassurer les citoyens. Les insultes et les offenses d’élus du peuple visant des magistrats et partant la justice, avec le soutien d’une grosse centaine de députés UMP sous l’étrange considération selon laquelle lorsqu’on a occupé des fonctions élevées, on n’est plus un justiciable comme les autres. On a fini avec le suffrage censitaire qui à travers divers subterfuges, tente de revenir par la fenêtre et nous voilà à l’ère des justiciables censitaires ! Il est vrai qu’en France, la marque de fabrique de certaines formations politiques consiste, avant tout, à produire des godillots, souvent sans succès, encore heureux ! Mais de là à retomber dans le culte de la personnalité au mépris de la culture citoyenne –qui entre autre repose sur la liberté de dire non-, c’est une dérive d’un genre plutôt singulier.

Inaptitude à contractualiser

Les Roms ne sont que le prélude à un sinistre requiem pour les grandes valeurs humaines qui à l’approche de nouvelles échéances électorales va broyer de l’Arabe, de l’Africain de couleur, du Musulman et que sais-je encore. On se rappelle de la tragicomédie de la viande hallal, de l’ineptie du pain au chocolat ; Droite ou gauche, peu importe les acteurs de ces véritables vindictes publiques, elles sont destinées à compenser une incapacité réelle à construire et à défendre de façon conséquente un projet de société autour duquel devra s’effectuer la rupture avec l’impasse dans laquelle se retrouve le pays, comme tant d’autres d’ailleurs.

À propos du projet de retraite actuellement débattu à l’assemblée nationale, par exemple, en lieu et place de la double peine qui va frapper les retraités, le gouvernement socialiste aurait pu proposer de taxer la spéculation financière, au moins à auteur des emplois qu’elle détruit régulièrement. Il aurait pu également légiférer, parallèlement pour faire obligation –obligation assortie de toutes les garanties- aux directeurs d’entreprises d’exercer un droit d’alerte, auprès des pouvoirs publics, dès lors que les exigences des actionnaires deviennent une menace pour la survie de l’outil de travail.

À force de donner des coups de boutoir –il y a eu déjà un 21 avril 2002-, le Front national finira un jour par provoquer une avarie qui risque de faire couler le bateau, voire toute la flottille humaine. Ce jour-là, il y aura une raison essentielle au désastre : l’inaptitude des politiques à la contractualisation ; avec leurs propres concitoyens.

Dahmane Soudani

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un commentaire le “France. Le Front national surfe sur l’incapacité des dirigeants à contractualiser”

  1. CROA octobre 11, 2013 à 3:55 #

    Excellente analyse, mais il faut remarquer qu’il n’y pas beaucoup de différence entre Valls et Le Pen sur les questions sociales, l’immigration, les Roms, l’économie de château… Le Pen aura toujours ses signatures pour se présenter à la présidentielle après un suspense, une mise en scène désormais bien rôdés tandis que le seul programme cohérent, celui de François Asselineau ne recueillera que 14 signatures au plus. Les élections françaises sont un coup d’État permanent.

    L’Afrique revit la colonisation sous les socialistes de Hollande comme sous Sarkozy et le prix Nobel de la paix Obama renforce son armée et intensifie ses guerres sur le continent. Les Africains sont des sortes de Roms sur qui ont peut taper sans arrière pensée.

    Malgré tout je pense que l’élection d’un ou d’une lepéniste n’est pas un séisme, sinon pour les médias officiels rapides à transformer le non événement en catastrophe sensationnelle. Parlons plutôt de Fukushima et rappelons que les média appartiennent tous à des banques qui dirigent l’Europe et à des industriels de l’armement ou de la reconstruction après le travail des précédents.

    Le Front national n’est qu’un instrument qui permet à la droite comme à la gauche de garder le pouvoir et d’éliminer toute révolution par les urnes. En cas de danger avéré, les candidats du FN n’auront simplement pas les signatures obligatoires pour se présenter, lesquelles dépendent exclusivement du bon vouloir de l’UMP et du PS.

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