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Guatemala. À San Lucas Tolimán, des ONG veulent extraire les femmes de la colline du calvaire

Au Guatemala, les associations intervenant dans le domaine de la santé publique, ont dédié la journée du 8 mars dernier, à la lutte contre le VIH (sida). AIDS Healthcare Foundation et le CERNE donnent l’exemple.

À San Lucas Tolimán, dans le département de Sololà, AIDS Healthcare Foundation (AHF) Guatemala –une déclinaison de la fondation éponyme créée à Los Angeles, en 1987– s’est associée au CERNE, une structure locale à but non lucratif intervenant dans les domaines de la santé, la malnutrition et l’éducation, basée dans le département voisin de Chimaltenango, pour faire de cette journée une tribune pour le droits des femmes et une opportunité inédite de dépistage du VIH. La contribution des étudiants de l’université de Sacred Heard (Fairfield, Connecticut, USA), en séjour au CERNE, pour un programme d’aide polyvalent, a été sollicitée pour la conduite de cette opération.

Péché de lèse-majesté dans la Cité au printemps éternel

San Lucas Tolimán est une petite ville de 17 000 habitants. Suspendu à une altitude allant de 1 562 à 3 144 mètres, son territoire municipal est, de ce fait, prémuni contre la malaria. Outre ce don de la providence, sous le ciel d’airain semi-équatorial, la ville est constamment bercée par le Xocomil, le zéphyr du fabuleux lac Atitlán qui aurait inspiré Saint-Exupéry –accident d’avion de 1938- et dont elle est riveraine ; un souffle providentiel que lui renvoie en retour les flancs du volcan dormant Tolimán qui se dresse majestueusement sur le côté opposé au lac. Ce microclimat génère un écrin de végétation aux propensions prolifiques et une agriculture plutôt généreuse.

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Le lac Atitlan (photo Dahmane Soudani)

Au fil du temps, ces conditions exceptionnelles ont fini par forger l’idée de Cité au printemps éternel associée San Lucas. Mais, à profitent les fruits de ce paradis ? Ça, c’est une autre question. Jouir des bienfaits de l’abondance est péché de lèse-majesté pour les un et fait du prince pour les autre ; C’est vieux comme le monde !

« Si tu m’aimes, ne me crie pas dessus, ne me maltraite pas et ne me frappe pas »

Qu’importe, la Cité au printemps éternel a démarré les festivités de la Journée internationale de la femme en donnant de la voix aux droits de la gent féminine. Ainsi, une manifestation haute en couleur, réunissant 120 personnes a sillonné les artères de la petite ville.

Comme partout ailleurs, en Amérique Latine, les idées sont aussi diversifiées et aussi piquantes que les couleurs arborées. Parmi les slogans scandés ou transcris sur les

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Plus de 100 personnes ont donné de la voix au droit des femmes (photo DS)

banderoles et autres pancartes, il y a ceux qui appellent à la mobilisation comme : Marchons pour les droits fondamentaux des femmes, des filles et des adolescents ; ceux qui interpellent les autorités du genre : Respectez les promesses faites aux femmes ou Pour le respect des droits des femmes ; ceux qui expriment des cris de révolte et de colère à l’instar de : Je ne permettrai aucune forme de violence contre moi et enfin ceux qui s’adressent aux consciences du type : Si tu m’aimes, ne me crie pas dessus, ne me maltraite pas et ne me frappe pas.

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Le Dr Rojas avec les étudiants de Sacred Heart University (photo DS)

Au passage du cortège, beaucoup de femmes s’étaient mises aux portes de leurs habitations constituant ainsi une haie de soutien aux airs très approbateurs. « Elles auraient bien voulu être parmi nous, mais elles ne sont pas permises de le faire », confie l’une des organisatrices. « Par qui » répliqué-je ? « Adivinar ! » (devinez), poursuit-elle, sans autre forme de commentaire. Ces cris de détresse en disent long sur le climat oppressant auquel sont soumises les femmes dans ces régions. Après avoir battu le pavé pendant plus d’une demi-heure, les manifestantes, essentiellement autochtones (Maya –Tz’utujil et Kaqchikel-), se dispersent au parc central (face au Salon communal). Place au dépistage du VIH !

« Prueba de VIH Gratis »

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Le Dr Rojas aide à monter les stands (photo DS)

Contacts directs, prises de parole, distribution de dépliants et orchestre musical pour attirer plus de monde et créer ainsi une plus grande audience à la dernière ligne droite de sensibilisation…, aucun effort n’est épargné par les membres des deux ONG qui portent la campagne de dépistage.

Plus tôt, le matin, l’équipe du CERNE constituée du Dr Edwin Rojas, Maria Pilar Ramirez, Ester et Roberto, appuyée par les étudiants de Sacred Heart University, étaient déjà à pied d’œuvre. À tout prix, il fallait, avant le début de la manifestation, monter les stands d’information et de prélèvement de sang et surtout la tente sous laquelle le Dr Rojas allait délivrer le verdict

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Maria Pilar Ramirez au four et…

aux patients. Discrétion oblige, le cabinet de fortune du médecin était entièrement fermé.

La veille, à l’issue d’un diner organisé au CERNE, le Dr Rojas qui ne ratait pas une occasion pour encourager ses hôtes à apprendre l’espagnol, faisait réciter aux étudiants américains la formule Prueba de VIH Gratis (test de VIH gratuit) que les universitaires en herbe devaient annoncer aux personnes intéressées par le dépistage. À la question sur l’épreuve que représenterait l’annonce du résultat, à un sujet, dans le cas où le test révélait sa séropositivité, la

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… au moulin (photos DS)

réponse du médecin tombe comme un couperet et ne souffre d’aucune équivoque. « Il vaudrait mieux qu’elle ou qu’il le sache », répliqua t’il.

L’ONUSIDA, l’organisme des Nations Unies qui projette de mettre fin au sida comme menace à la santé publique, estime qu’au Guatemala, le taux de prévalence de cette pathologie est au 0,5%, mais les associations intervenant localement considèrent que ce taux est plutôt de 1,38%.

Les femmes : une double discrimination

« En ce moment, au niveau de l’AHF, la priorité est aux populations autochtones qui sont plus vulnérables, et surtout les femmes. C’est par ce biais qu’on peut faire évoluer les conditions socio-culturelles. Notre collaboration avec le CERNE est très importante parce que sa proximité du terrain lui permet de mieux identifier les priorités locales. Nous travaillons également avec les autorités de chaque région pour que les femmes aient plus d’opportunités de décider de leur propre destin comme pour le mariage, les études… Les femmes indigènes sont discriminées d’abord parce qu’elles sont femmes et puis parce qu’elles sont autochtones. Il nous faudra trouver les leviers pour mettre fin à cette double discrimination qui les accable au quotidien. Aujourd’hui, on commence à voir un début de résultat de toutes ces années de travail. En ce sens, la forte présence des femmes autochtones à la marche de ce 8 mars et au dépistage du VIH peut être considérée comme un succès », détaille Humberto Lopez de l’AHF Guatemala

À San Lucas Tolimán, l’objectif visé par le CERNE et l’AHF Guatemala pour la journée du 8 mars 2018, était de 100 dépistages. « C’est la troisième campagne que nous organisons dont deux avec AHF Guatemala. En 2017, nous avons réalisé 80 tests. Malheureusement

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Humberto Lopez : « Les femmes subissent une double discrimination »

trois personnes se sont révélées séropositives. Cette année, nous avons mis la barre à un niveau plus élevé. On va voir ce que cela donnera. En tout cas, je vous le confirme, les résultats seront disponibles, seulement cinq minutes après le prélèvement de sang », explique le Dr Rojas.

« Les hommes ont peur du test parce qu’ils ont pris plus de risques »,

Dès l’abord, se dégage l’impression d’une présence féminine, au dépistage, nettement plus importante. L’air déterminées, comme décidées à en découdre, après le temps d’attente requis, elles se rendent immédiatement à l’isoloir des résultats. Les hommes, surtout les plus jeunes, hésitent, tournent autour du pot en laissant apparaître un état de nervosité manifeste, avant de se décider, finalement, rejoindre le Dr Rojas.

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Une dame Maya va retirer le résultat de son prélèvement (photo DS)

La journée s’achève sur San Lucas, le rideau tombe sur l’édition 2018 de la campagne de dépistage du VIH et Oh surprise ! tous les voyants sont au vert. L’objectif des 100 dépistages est largement dépassé. Pas moins de 135 personnes se sont présentées aux prélèvements et aucun cas porteur de VIH n’a été détecté. Seul bémol sur l’ensemble des personne testées seules 24 (moins de 18%) étaient des hommes. « Les hommes ont peur à cause des réalités locales », suggère Humberto Lopez. Maria Pilar Ramirez a une autre explication. « Les hommes ont peur du test parce qu’ils ont pris plus de risques », assène-t-elle.

Arrondir les angles ou prendre le taureau par les cornes, c’est, finalement, un choix de prise en charge de la réalité. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la faible présence des candidats de sexe masculin, au dépistage, fausse la perception de cette même réalité.

Dahmane SOUDANI

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un commentaire le “Guatemala. À San Lucas Tolimán, des ONG veulent extraire les femmes de la colline du calvaire”

  1. Edwin Rojas mars 19, 2018 à 10:29 #

    Merci beaucoup Dahmane.

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