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Algérie. « Pourquoi nous cache-t-on notre président ? »

Cette question qui, jusqu’à présent, taraudait le commun des mortels en Algérie, est à présent soulevée par des patriotes algériens, militants des premières heures de la guerre de libération et des personnalités qui avaient exercé le pouvoir. Il ne s’agit point de preneurs de pouvoir animés par une sorte de pousses-toi que je m’y mette, mais d’amis et de fidèles parmi les fidèles du président Bouteflika.

Un collectif composé de certaines des grandes figures de la guerre de libération nationale comme Zohra Drif-Bitat, amie d’Abdelaziz Bouteflika, connue pour le rôle déterminant qu’elle a joué dans la bataille d’Alger, Lakhdar Bourgaâ commandant de la wilaya IV pendant la guerre de libération et Abdelkader Guerroudj, deux fois condamné à mort par un tribunal colonial, Mustapha Fettal, condamné à mort par le pouvoir colonial, mais aussi de politiques comme Khalida Toumi et Abdelhamid Aberkane, anciens ministres et Louisa Hanoune, présidente du Parti des travailleurs, le romancier Rachid Boudjedra et des militants des droits de l’homme…, au total 19 personnalités se sont adressées par courrier au président de la République pour lui demander audience et s’assurer que les dernières mesures prises émanaient bien de lui. Les signataires de la lettre l’ont datée du 1er novembre dernier, date anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale.

La suppression du droit de préemption –droit au titre duquel l’État dispose de la priorité d’acquisition de tout bien se trouvant sur son territoire et faisant l’objet d’une transaction- par la loi des finances 2016, semble être la goutte qui avait fait déborder le vase. Mais on sent qu’en toile de fond, il y aussi les affaires que d’aucuns tentent d’étouffer à une vitesse grand V et le démantèlement du renseignement algérien et l’emprisonnement d’officiers connu pour leur intégrité et leur professionnalisme.

« Les personnes qui détiennent le pouvoir n’ont pas la responsabilité et (…) celles qui ont la responsabilité n’ont pas le pouvoir »

Mais toutes les interrogations ramènent à la question de fond. Le président est-il l’auteur, en toute connaissance de cause, des décisions pointées par le groupe des 19 ? Il y a peu de temps les général à la retraite Hocine Benhadid a déjà répondu à cette question. Il a désigné Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président de la République d’être à l’origine des mesures qui étaient alors prises ; ce qui lui a valu son incarcération.

Citée par le quotidien algérien El Watan daté de ce jour, Zohra Drif-Betat ne mâche pas es mots. « Le personnage politique avec lequel je me suis engagée et les objectifs qu’il visait au moment où il a brigué le mandat de Président ne correspondent absolument pas aux décisions, lourdes de conséquences, prises ces derniers temps. Je juge que ce sont des décisions dangereuses pour le pays. Fondamentalement, il me paraît s’exprimer un abandon de souveraineté nationale. Et là, je pense à ce pays qui a durement payé en vies humaines l’accession à l’indépendance », assène-t-elle en parlant ouvertement du « délitement de l’État ». « Il faut le dire, et le Président doit s’en rende compte, poursuit Mme Drif-Bitat, il y a un état de fait : nous avons le sentiment que les personnes qui détiennent le pouvoir n’ont pas la responsabilité et que celles qui ont la responsabilité n’ont pas le pouvoir. Cela crée une situation de blocage général », poursuit Mme Drif-Bitat.

De son côté, Khalida Toumi, tout en renouvelant sa loyauté à Abdelaziz Bouteflika, évoque « des décisions qui ne ressemblent pas au président ». « Nous voulons nous assurer si le Président est informé ou pas des décisions prises», abonde Louisa Hanoune.

On sent qu’avec cette action à laquelle se sont jointes des figures emblématiques de la guerre de libération nationale, le système « parallèle, obscure, illégal et illégitime », visé par la lettre ouverte du groupe des 19, est au bord de la rupture.

Repères.

Lettre du groupe des 19

Monsieur le Président,

A l’occasion de la commémoration du déclenchement de notre glorieuse Guerre de Libération nationale, nous estimons qu’il est de notre devoir de patriotes algériens d’attirer votre haute attention sur la dégradation du climat général dans notre pays et qui peut être caractérisée principalement par les faits suivants :

– Le renoncement à la souveraineté nationale, attribut de l’indépendance nationale chèrement acquise, par notamment l’abandon du droit de préemption de l’Etat auquel vous avez toujours été âprement attaché.

– La déliquescence des institutions de l’Etat à la construction desquelles vous avez tant consenti met en péril les acquis de la nation et affaiblit le front politique et social national, au moment où le niveau des menaces extérieures est si élevé.
- La substitution d’un fonctionnement parallèle, obscur, illégal et illégitime, au fonctionnement institutionnel légal en faveur duquel nous connaissons votre engagement.

– La grave dégradation de la situation économique et sociale qui frappe la majorité du peuple algérien à laquelle sont apportées des réponses inquiétantes de la part des autorités du pays augurant de l’extrême précarisation des plus vulnérables tout en livrant le pays, ses richesses, ses capacités aux prédateurs et aux intérêts étrangers contre lesquels vous avez tant lutté.

– L’abandon des cadres algériens livrés à l’arbitraire, aux sanctions partiales, en violation des lois et règlements de la République et des procédures légales, dans un climat d’oppression que vous haïssez tant.

Malheureusement, ce tableau triste et alarmant est loin d’être exhaustif… Seuls l’amour et le respect que nous partageons avec vous pour notre pays nous empêchent d’en accentuer le trait.

Cependant, nous sommes convaincus que cet état de fait n’est conforme ni à votre qualité de moudjahid, ni à votre éthique, ni à vos convictions, ni à votre sens de l’Etat, ni à votre pratique de Président.

C’est pourquoi nous vous prions, Monsieur le Président de la République, de bien vouloir nous recevoir en audience afin de vous faire partager nos profondes inquiétudes quant à l’avenir du pays et de solliciter vos interventions sur l’extrême gravité de la situation.

Enfin, loin de toute intention indélicate et dans le vif espoir que vous en preniez connaissance, c’est contraint et forcés que nous rendons publique notre lettre. Le recours à la presse pour vous faire parvenir notre demande d’audience est dicté par notre crainte légitime qu’elle ne vous parvienne jamais par les canaux institutionnels officiels.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre très respectueuse considération et de notre conviction de partager avec vous un patriotisme désintéressé.

Les signataires :

  • Abdelkader GUERROUDJ, moudjahid, ancien condamné à mort par le pouvoir colonial ;
  • Mustapha FETTAL, moudjahid, ancien condamné à mort par le pouvoir colonial ;
  • Zohra DRIF-BITAT, moudjahida, ancienne condamnée à perpétuité par le pouvoir colonial ;
  • Lakhdar BOURGAâ, moudjahid, commandant de l’Armée de libération nationale (ALN) ;
  • Miriam BENHAMZA, moudjahida, Fédération de France du FLN (1954-1962) ;
  • Mohamed LEMKAMI, moudjahid, ancien ambassadeur ;
  • Rachid BOUDJEDRA, écrivain ;
  • Abdelhamid ABERKANE, professeur de médecine, ancien ministre ;
  • Louisa HANOUNE, ex-candidate à l’élection présidentielle ;
  • Khalida TOUMI, militante des droits des femmes, ancienne ministre ;
  • Fatiha MENTOURI, ancienne ministre ;
  • Nourredine BENISSAD, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme ;
  • Zehira YAHl, militante des droits des femmes, cadre de la nation ;
  • Rachid HADJ NACEUR, cadre de la nation, retraité ;
  • Dalila AZOUG, militante des droits des femmes, chirurgien-dentiste ;
  • Badia SATOR, militante des droits des femmes, cadre de la nation retraitée ;
  • Boudjema Ghechir, avocat, militant des droits de l’homme
  • Fettouma OUSLlHA, comédienne
 ;
  • Samia ZENNADI, éditrice

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