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Nuit de la philosophie à Manhattan. Paul Bloomfield : « En fin de compte, les philosophes sont des humains qui tentent de saisir la condition humaine » 

La Nuit de la philosophie, le concept initié par la philosophe et dramaturge française Meriam Korichi, en 2010 à

Pour le Pr Paul Bloomfield, la moralité est le chemin qui conduit au bonheur (photo DR)

Pour le Pr Paul Bloomfield, la moralité est le chemin qui conduit au bonheur (photo DR)

l’École normale supérieure de Paris, plantera son décor à New York sous la bannière « Une Nuit de la philosophie àManhattan » (notre article : New York. Une nuit étincelante de philosophie). Une première qui se déroulera à partir de 19 heures, au cours de la nuit du vendredi 24 au samedi 25 avril. Paul Bloomfield, professeur à l’Université du Connecticut, -UCONN- Storrs a bien voulu nous livrer ses remarques sur cet événement. Nous tenons à le remercier.

Maghnord. Pr Paul Bloomfield, vous êtes professeur à l’université du Connecticut –UCONN- Storrs. Vous êtes spécialisé dans la philosophie morale et la métaphysique et vous avez déjà publié, aux éditions Oxford University Press, Moral Reality en 2001, Morality and Self-Interest en 2008 et The Virtues of Happiness en 2014. À côté de deux de vos collègues du département de philosophie, à savoir Suzan Schneider et JC Beall, vous allez être parmi les 87 participants à la Nuit de la philosophie de Manhattan, organisée au cours la nuit du 24 au 25 avril courant, avec le soutien actif du Consulat général de France à New York. Que représente, pour vous, un tel événement et évidemment de votre participation ?

Paul Bloomfield. Je ferai une intervention sous le titre de : «La morale est nécessaire pour bonheur» qui est l’idée centrale de mon dernier livre « Les vertus du bonheur ». J’ai déjà présenté ce travail à l’occasion de diverses rencontres professionnelles. Cela me fait énormément plaisir de présenter ce même travail dans un cadre non professionnel, à des personnes qui ne sont pas forcément des philosophes.

Je défends l’idée selon laquelle, les personnes immorales ne peuvent pas être heureuses même si elles pensent qu’elles le sont, parce que le bonheur exige le respect de soi et les gens ne peuvent pas avoir un juste respect d’eux-mêmes sans avoir de juste respect pour les autres. Lorsque j’explique cela à des non-philosophes dans un cadre informel, la plupart des gens semble penser : c’est comme du bon sens ! Mais tout le travail effectué, sur le bonheur, par des psychologues et des philosophes semble supposer que les personnes immorales peuvent être tout aussi heureuses que les personnes morales. J’ai donc hâte de présenter ces idées en public et de voir comment gens réagissent.

Maghnord. Quels objectifs pourrait-on assigner à une telle rencontre ?

Paul Bloomfield. Je pense que c’est une excellente façon de déplacer la philosophie de l’université vers un lieu public. Les philosophes ont beaucoup à offrir aux gens, mais ne sont que rarement invités à l’extérieur, dans «le monde réel» pour parler de leur travail. Il est souvent vraiment fascinant et peut servir à stimuler toutes sortes d’idées chez de gens qui ne pensent généralement pas du tout à la philosophie.

Maghnord Pensez-vous qu’il serait intéressant d’étendre cette expérience, inaugurée en 2010 à l’École normale supérieure de Paris, à d’autres villes américaines ?

Paul Bloomfield. D’après ce que j’ai compris, il s’agirait du troisième événement du genre. Je pense que le premier a eu lieu à Paris et le deuxième à Londres. Bien sûr, je pense que c’est une excellente idée, mais, par ailleurs, je pense que cela nécessite une ville d’une certaine importance, avec un certain niveau de cosmopolitisme pour accueillir un événement où les gens parlent intellectuellement toute la nuit.

Maghnord. Que diriez-vous de la recherche et de l’enseignement de la philosophie en France et aux Etats-Unis ?

 Paul Bloomfield. Pendant une longue période, il y avait une brisure assez radicale dans la méthodologie entre la philosophie dite «continentale» et la philosophie «analytique» ou philosophie « anglo-américaine ». À l’origine, la scission s’est produite, après Kant, sur la partie continentale et est passé par Hegel et à travers à travers l’herméneutique, la phénoménologie, l’existentialisme, et plus récemment par le postmodernisme et déconstructivisme. Du côté anglo-américain, il y a eu un genre plus formel de l’analyse au travail, à la recherche d’une logique pour comprendre la grammaire du langage et le positivisme logique et, plus récemment, une sorte de réalisme (au sens large) comme fondement de la science, de l’épistémologie et de la métaphysique. Néanmoins, il semble y avoir un rapprochement au cours des 10 à 15 dernières années, entre les écoles de pensées qui, je le pense est le bienvenu des deux côtés. En fin de compte, les philosophes sont des humains qui tentent de saisir la condition humaine : nous aliéner les uns des autres n’est à l’avantage de personne.

Maghnord. Quels peuvent être, aujourd’hui, les débouchés pour un étudiant titulaire d’un diplôme en philosophie ?

Paul Bloomfield. Obtenir un emploi en tant que professeur de philosophie, à l’université, est terriblement compétitif. Il arrive souvent que des centaines de personnes postulent pour le même emploi. Mais je pense que tous les étudiants qui suivent des cours de philosophie sortent avec des compétences intellectuelles qui peuvent satisfaire aux exigences d’un large éventail de carrières. Si vous passiez quatre années à l’université à penser à propos de la nature de la réalité, et si oui ou non nous disposons du libre arbitre, et c’est quoi la différence entre avoir « une vraie foi » et avoir « la connaissance », et comment le progrès scientifique fonctionne, et comment le système juridique fonctionne…, entrer dans le marché du travail où les problèmes sont aussi concrets que palpables, serait beaucoup plus facile.

L’enseignement de la philosophie apprend aux étudiants, comment penser clairement et précisément et comment parler de manière articulée et convaincante. Ce sont des compétences qui sont précieuses pour chaque carrière.

Maghnord. Les sciences humaines souffrent-elles d’un déficit d’image auprès des étudiants ?

Paul Bloomfield. En fait, je ne le pense pas. Je pense que les sciences humaines souffrent sur le plan médiatique pour les mêmes raisons qui font, je le pense, que les intellectuels sont perçus comme élitistes. Aux États-Unis, au moins, c’est plus de la politique et de la propagande qu’autre chose. Les étudiants aiment apprendre des professeurs intéressants, et peuvent tirer des leçons de leur propre expérience particulière et de la condition humaine en général, par l’étude des sciences humaines, là où ces cours sont enseignés et non ailleurs. Nous devons nous comprendre nous-mêmes pour progresser, et je pense que les étudiants – et toutes les personnes raisonnables – peuvent clairement voir cela.

Maghnord. Quel sera le titre de votre prochain ouvrage ?

Paul Bloomfield. Hmm… C’est une question intéressante. Actuellement, je suis en train de rédiger un texte intitulé «L’erreur morale universelle» sur le risque pour tout un chacun de se tromper sur certaines questions morales. Qu’est-ce que cela nous enseigne sur la nature de la morale ? Je pense que cela montre que d’une manière importante et profonde, la moralité « ne dépend pas de nous ».

Cela dit, mon prochain livre est à des années et des années, mais je pense qu’il aura pour titre Les vertus de l’humanité, et il réunira le travail que j’avais déjà réalisé sur les fondements de la moralité avec mon travail le plus récent sur les vertus morales et la nature de bonheur.

Merci pour l’intérêt que vous accordez à mon travail.

Propos recueillis et traduits par Dahmane Soudani

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