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Seconde guerre mondiale. John Whitmore, le passeur de signal

À peine sorti de l’adolescence, John Whitmore avait connu le froid et côtoyé des gens qui avaient faim et enduré les souffrances de la guerre. Il a également pris beaucoup de risques en s’efforçant, avec son unité, de remettre en service, dans les délais, le réseau de télécommunications en France et en Allemagne durant la Seconde guerre mondiale. Mais par-dessus tout, ce qui l’a le plus marqué, ce sont les manifestations spontanées à Paris, le jour de la victoire des alliés. John Whitmore a immortalisé ces explosions de joie et a permet aujourd’hui à MaghNord de les porter à la connaissance de ses lecteurs. Avec tout le respect que nous devons à son parcours, nous tenons à le remercier.

John Whitmore, un grand sens de la réserve malgré un passé hors du commun (photo Dahmane Soudani)

John Whitmore, un grand sens de la réserve malgré un passé hors du commun (photo Dahmane Soudani)

Au début de l’été 1944, la guerre faisait rage en Europe. À cette époque, John Whitmore n’avait pas encore tout à fait quitté les bancs de son lycée, Woodrow Wilson à Middletown, dans le Connecticut (nord-ouest des Etats-Unis). Il venait juste de décrocher son baccalauréat lorsqu’il reçut un avis d’incorporation au sein de l’armée américaine.

À ce stade d’évolution de la situation, les échos qui parvenaient du front, aux Etats-Unis étaient surtout ceux des lourdes pertes humaines subies par les forces alliés à Omaha Beach –nom de code donné à l’une des cinq plages de Normandie où s’était déroulé le débarquement- ; ce qui lui a valu le surnom de « Bloody Omaha », comme Omaha l’ensanglantée.

Au moment où le jeune lycéen d’alors avait reçu son ordre de mobilisation, c’était encore l’incertitude et comme beaucoup de ses compatriotes, à cet instant, John Whitmore effectuait un saut dans l’inconnu, avec néanmoins une idée en tête : il fallait gagner. « J’étais au lycée (…) Je venais juste d’avoir mon baccalauréat et j’ai reçu mon ordre d’appel, le même jour, Je n’étais pas bouleversé par ça, j’étais juste un gamin, j’avais environ 19 ans », confie John Withmore.

Un QI au top

Immédiatement après, le jeune lauréat est dirigé vers l’Alabama (sud des États-Unis) pour une « formation de base ». Là-bas, « Les gars » lui ont appris à conduire, en soumettant ses aptitudes à l’épreuve de l’obscurité et du relief hostile du versant sud des Appalaches. « L’un des gars m’avait appris à conduire au clair de la lune. Ils n’étaient pas brillants, la plupart d’entre eux ne savaient ni lire, ni écrire, mais certains étaient des gens assez intelligents et… mais aussi, certains étaient originaires de grandes cités, des gens intelligents. C’est ce côté que j’aimais le plus », ajoute John Whitmore.

Il faut dire qu’en matière d’intelligence, l’ancien élève du lycée Woodrow Wilson peut se permettre d’être exigent. Il était classé parmi les 5% de l’armée américaine qui avaient le QI –quotient intellectuel- le plus élevé. « J’étais dans l’ASTP, Army specialized training services. Ils exigeaient un QI de 130% pour être dans l’ASTP et 120% pour être dans le corps de l’armée de l’air en tant que pilote », relate-t-il.

Sans doute impatient d’être sur le terrain, John Whitmore fit capoter une formation complémentaire au prestigieux Manhattan Collège à laquelle, compte tenu de ses

John Whitmore  (à droite), sur la cime d’un pylône dans les environs d’Omaha Beach (photo DR)

John Whitmore (à droite), sur la cime d’un pylône dans les environs d’Omaha Beach (photo DR)

aptitudes, il avait pourtant droit. Plus tard, à Paris, il rééditera la même fin de non recevoir à une autre offre de perfectionnement.

Une mini-tente dans une parcelle de chou

John Whitmore est alors dirigé vers Boston d’où, le 31 octobre 1944, il embarquera le pour le Royaume-Uni. Pour relater la suite de son itinéraire, il sort un carnet -un Alliance photo Supplies de couverture bleue- dans lequel il tenait son journal. Comme apprises par cœur, les différentes étapes de sa chevauchée défilent au rythme du travail qu’il avait eu à exécuter durant la guerre. Ce fut Liverpool, le 7 novembre, Southampton, le 21 novembre et le havre le 25 novembre… John Whitmore est alors affecté au Signal Service bataillon, unité 3 195, une appartenance qu’il décline avec fierté en dérogation à son sens de la réserve et de la simplicité.

Les chemins des lieux ensanglantés ne sont pas toujours faciles à emprunter. La bataille des plages de Normandie avait tout ravagé. Lorsqu’il avait débarqué en France, l’ancien lycéen du Connecticut, n’avait pour gîte qu’une mini-tente. « Arrivé au Havre (…), je n’avais qu’une pup tent dans une parcelle de chou et en novembre, il faisait froid », relate-t-il.

Rétablir le réseau en France et franchir le Rhin

Le carnet-journal de John Whitmore (photo Dahmane Soudani)

Le carnet-journal de John Whitmore (photo Dahmane Soudani)

Une ancienne photo montre John Whitmore, alors très jeune, avec l’un de ses compagnons, à proximité d’Omaha Beach, sur la cime d’un poteau téléphonique en bois, sans pratiquement aucun équipement de sécurité et n’ayant pour appui que les supports des isolateurs. « Mon job consistait à remettre en état de fonctionnement les équipements et des installations de télécommunication en France et en Allemagne. Il fallait les conserver en état de fonctionnement », détaille-t-il dans un élan digne d’un soldat dévoué, prêt à exécuter les ordres. À sa manière,  John Whitmore était d’ailleurs un soldat, un combattant engagé dans la bataille du signal et des télécommunications sans lesquels rien n’était alors possible.

À la question sur d’éventuelles rencontres avec des soldats qui revenaient du front ou d’anciens prisonniers, John Whitmore répond : à propos des soldats, « Pas vraiment, le peu d’entre eux que j’avais vus semblaient être très fatigués ». Côté anciens détenus : « Je ne pense pas. Je n’ai rencontré aucun prisonnier, ex-prisonnier de guerre ».

Après le havre, l’appel du devoir conduira le jeune américain d’alors, successivement, à Carteret, Coteville, Castilly, Paris, Bougival avant de franchir le Rhin pour Wurtzbourg, Weyerbusch, Sulzthal, Giessen  et Francfort. Tout cela par route, « en camion, en camion militaire », tient à souligner John Whitmore.

John Whitmore avec Wilson et Fowler, deux de ses compagnons de route (photo DR)

John Whitmore (à droite) avec Wilson et Fowler, deux de ses compagnons de route (photo DR)

Sa halte parisienne a coïncidé avec les manifestations spontanées qui ont suivi l’annonce de la défaite du nazisme. Il en a profité pour immortaliser quelques instants qu’il livre aujourd’hui sur les pages de MaghNord.

De l’entretien que nous avons eu avec ce passeur de signal, il ressort que sa ligne de conduite a toujours été marquée par l’impatience d’être sur le terrain, le travail bien fait et entièrement accompli et au bout du compte voir des gens satisfaits, voire heureux des réalisations entreprises. Sans excès, John Whitmore en parle avec une conviction, qui venant de sa part, a quelque chose de naturel. Il y a de la noblesse ses propos, dans ce qu’il dit.

Dahmane Soudani

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un commentaire le “Seconde guerre mondiale. John Whitmore, le passeur de signal”

  1. formal gowns kohls mai 20, 2013 à 5:46 #

    You can definitely see your enthusiasm in the work you write. The world hopes for more passionate writers such as you who are not afraid to mention how they believe. At all times go after your heart

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