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8 mai 1945. Paris par l’image

Scène de liesse à Paris (photo John Whitmore)
Scène de liesse à Paris (photo John Whitmore)

Alors jeune lycéen américain John Whitmore fut projeté au cœur de la Seconde guerre mondiale comme technicien de remise en l’état du réseau des télécommunications. Hasard des circonstances, il s’est retrouvé à Paris au moment où des explosions de joie ont accompagné la défaite de l’Allemagne hitlérienne. Il en a profité pour immortaliser certains de ces instants. La mise en ligne de ces prises de vue inédites est complétée par le récit que nous a livré cet artisan de la bataille des communications.

En plein combat pour la restauration du réseau des télécommunications, sans lequel les nouvelles du front auraient été inaudibles, John Whitmore fut récompensé par la capitale française. On dit que l’argent est le nerf de plein de batailles, mais on a tendance à oublier que la communication est le nerf de la guerre. Hasard du calendrier, l’ancien lycéen, de Middletown dans le Connecticut, devenu combattant des télécoms, s’est retrouvé à Paris, le jour même où les alliés avaient définitivement battu l’Allemagne hitlérienne, le V.E. Day (Victory in Europe Day), comme on dit outre-Atlantique. Des manifestations de joie avaient alors éclaté spontanément un peu partout dans la métropole française. Spontanément, comme le fut l’ambiance, le passeur de signal a alors arpenté les artères et les places parisiennes pour immortaliser les instants qui s’étaient retrouvés à portée son modeste objectif et que nous vous livrons aujourd’hui, en exclusivité (notre diaporama, photos John Whitmore).

La foule en liesse

Les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe,  place de l’Opéra, rue du Mont-Thabor, rue Royale…, John Whitmore avait pointé sa focale sur divers endroits de la capitale française alors en liesse.

Lorsque ces photos avaient été prises, Paris était déjà libéré depuis plus de huit mois. Les clichés montrent la foule ou des groupes de personnes en effervescence, ivres de joie et liberté, arborant les drapeaux français et américains, des pancartes et autres écriteaux. Sur certains de ces supports, on pouvait lire, « Le jour V, honneur

Le salon de thé Colombin, en enseigne parisienne autrefois fréquentée par Marguerite Yourcenar (photo John Whitmore)
Le salon de thé Colombin, en enseigne parisienne autrefois fréquentée par Marguerite Yourcenar (photo John Whitmore)

aux forces alliées », « Gloire aux armées alliées »… On peut aussi y découvrir des mains qui se lèvent vers le ciel en appel à plus de liberté. Des groupes de personnes portant des drapeaux étaient également entassés sur des véhicules militaires aux côtés des soldats.

Une autre prise de vue montre de jeunes militants rassemblés devant le local de l’Union de la jeunesse républicaine de France qui, selon l’ouvrage de Guillaume Quashie-Vauclin dédié à ce mouvement (l’Harmattant 2009), rassemblait 250 000 adhérents en 1945. Un document sans doute historique.

« Tout le monde était heureux, vous pouvez le voir à travers les images (…) À la fin les gens étaient contents de vous voir, y compris en Allemagne », commente l’ancien combattant de la com. Et lorsqu’on lui demande, ce qui l’avait le plus marqué durant la guerre, il répond : « Je ne sais pas, probablement le V. E. Day ».

Scènes de la vie quotidienne

En parcourant la photothèque de John Whitmore sur le thème du V.E. Day à Paris, le regard peut également s’arrêter sur des scènes de vie, comme cette dame qui promène ses deux fillettes sous le regard envieux d’un troisième gamin ou alors ces deux jeunes et élégantes parisiennes arpentant l’une des rues de la ville ou encore de simples passants anonymes.

Sur certains visages, on devine quand même que le quotidien avait déjà repris le dessus. À défaut d’une exaltation généralisée, Paris semble aussi avoir retrouvé une certaine insouciance, mais certaines expressions dégageaient clairement encore une certaine lassitude voire les stigmates de l’occupation. Le célèbre « Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! » du général de Gaulle prend tout son sens.

Rassemblement devant le local de l’Union de la jeunesse républicaine de France (photo John Whitmore)
Rassemblement devant le local de l’Union de la jeunesse républicaine de France (photo John Whitmore)

L’environnement parisien n’a pas échappé à l’œil vigilant du jeune américain. Et il a fit mouche !

Le salon de thé fréquenté par Marguerite Yourcenar

Grâce à la présence d’horloges sur les places parisiennes, on peut, par exemple, lire l’heure à laquelle les clichés avaient été pris.

Le décor extérieur du salon de thé Colombin autrefois fréquenté par l’écrivaine Marguerite Yourcenar, (1903-1987), première femme élue à l’Académie française en 1980, n’aura plus de secret pour les biographes et autres chroniqueurs soucieux de la description de l’un des lieux de prédilection de l’intellectuelle franco-américaine. John Whitmore l’avait immortalisé un certain 8 mai 1945. À l’entrée du salon, la photo montre une calèche attelée à un cheval qui semble attendre patiemment son cocher.  Derrière, on peut voir une voiture motorisée décapotable, stationnée du même côté de la rue. Le décor est complété par quelques passants, l’air affairés et un vélo posé, là, contre le mur du salon. Une toile sobre, mais très parlante, une vraie photo d’art, qui plus est.

Parmi les véritables toiles reproduites par le boitier de John Whitmore. Il y a ces poulbots parisiens, « des little kids qui nous tournaient autour en nous lançant : cigarette for papa, cigarette for maman. Je ne sais pas ce qu’ils faisaient avec, mais c’est sans doute pour les vendre ou les échanger contre de la nourriture assez rare à ce moment-là, ou autre chose peut-être », livre notre interlocuteur.

Instants de grande complicité

À quelque chose malheur est bon ! c’est cette même rareté de la nourriture qui fut à l’origine d’une grande complicité entre John Whitmore, ses compagnons et l’exploitant d’un bar parisien. « À ce

Groupe de personnes entassées sur un véhicule militaire (photo John Whitmore)
Groupe de personnes entassées sur un véhicule militaire (photo John Whitmore)

moment-là, la nourriture manquait énormément à Paris. Avec mes amis, on s’était arrêté à un bar parisien, le long de la rue Royale vers la Madeleine, place de la concorde. On sentait que ça n’allait pas trop. Nous avons alors décidé de donner au barman ce qu’on avait comme nourriture. Il a bien apprécié notre geste et nous a donné une bouteille de cognac. C’était du Hennessy 5 étoiles. Je ne connaissais pas le nom (NDLR. collection) cinq étoiles, mais c’était bon », détaille John Whitmore, avec une étonnante précision.

Avec ses amis, ils firent le choix de partager la bouteille de cognac avec le généreux amphitryon. « Il nous a posé de petits verres et on bu le brandy ensemble », confie-t-il, avec une pointe d’émotion, mêlée de nostalgie.

John Whitmore n’est jamais retourné en France, mais il en parle avec une affection toute particulière. « Je n’ai jamais revu la France après le V.E. Day », lâche-t-il, un peu dépité.

Toujours installé dans les environs de Middletown, de l’autre côté de la rivière Connecticut, comme le mouvement tranquille de la vallée de la Nouvelle Angleterre, John Withmore regarde le temps passer en veillant jalousement sur les souvenirs de sa chevauchée européenne. Sans le savoir, il partage avec Marguerite Yourcenar, de son vrai nom Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour, des escapades parisiennes et un profond attachement à la Nouvelle Angleterre.

Dahmane Soudani

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un commentaire le “8 mai 1945. Paris par l’image”

  1. Gradie mai 8, 2013 à 1:14 #

    Felicitations and merci pour un rapportage qui nous aide a commemorer un jour important dans notre histoire.

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