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Proposée par Trump au poste de première responsable de la sécurité du pays, Tulsi Gabbard fustige un système d’instrumentalisation des services.

Gabbard maitrise très bien son dossier (c. écran-DR)

L’audition par le Sénat américain, jeudi dernier, de l’élue de Hawaï, Tulsi Gabbard, nominée pour la très sensible position de Directrice du renseignement national (DNI) qui coiffe tous les autres services, restera, sans doute dans les annales. Partant des principes clairs de l’inadmissibilité de la politisation et de l’instrumentalisation des institutions publiques -services de sécurité en particulier- contre les opposants politiques, de la nécessité de ne pas mentir aux citoyens américains et de protéger leurs libertés, l’ancienne parlementaire de la chambre des représentants (de 2013 à 2021) et native des Samoa a tout simplement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas ou plus exactement tout ce que la presse bien-pensante ne dit pas. Reprenant le sénateur démocrate Chuck Schumer elle déclare d’entrée de jeu : « Si vous vous attaquez à la communauté du renseignement, ils ont six moyens à leur disposition pour se venger de vous », mais ayant certainement obtenu le feu-vert de Donald Trump, elle prend le risque de dresser un tableau sans concession.

Qui ne se rappelle pas de cet instant ? (c. écran-DR)

« Pendant trop longtemps, des renseignements erronés, inadéquats ou utilisés comme armes (contre les opposants s’entend) ont conduit à des échecs coûteux et à la mise en péril de notre sécurité nationale et des libertés octroyées par Dieu et inscrites dans la Constitution. L’exemple le plus évident de ces échecs est notre invasion de l’Irak fondée sur une fabrication totale ou un échec complet des renseignements. Cette décision désastreuse a entraîné la mort de dizaines de milliers de soldats américains, de millions de personnes au Moyen-Orient, des migrations massives, une déstabilisation et une mise en péril de la sécurité et de la stabilité de nos alliés européens, la montée de l’EI, le renforcement d’Al-Qaïda et d’autres groupes islamistes djihadistes, et le renforcement de l’Iran », assène l’ancienne représentante, sans pour autant aller jusqu’à exiger des comptes. Tant de vies humaines fauchées, c’est le prix de la fameuse fiole de Colin Powell, exhibée à la face du monde, depuis le Conseil de sécurité de l’ONU en 2003, comme preuve de l’existence d’armes de destruction massive en Irak, mais l’histoire a montré qu’elle était moins transparente qu’elle en avait l’air.

Et Tulsi Gabbard de dérouler la litanie des exemples. « Le peuple américain a élu Donald Trump comme président non pas une fois, mais deux fois, et pourtant le FBI et les agences de renseignement ont été politisés par ses adversaires pour saper sa présidence et le présenter, à tort, comme une marionnette de Poutine », lance-t-elle.. Par ailleurs, « Le titre I de la FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act, loi de 1978 pour la surveillance des activités malveillantes des puissances étrangères) a été utilisé illégalement pour obtenir un mandat d’espionnage contre Carter Page, conseiller de campagne de Trump, en utilisant un faux dossier financé par la campagne de Clinton (en vue de la présidentielle de novembre 2016) comme prétendue preuve ».

Gabbard enfonce le clou (c. écran-DR)

À bien écouter la prétendante au poste de DNI, par la suite, dès la campagne de la présidentielle de 2020, Antony Blinken a pris le relais et les accusations sont très graves. « Le conseiller de campagne de Biden, Tony Blinken, a été à l’origine de la lettre de 51 anciens hauts responsables du renseignement qualifiant (l’affaire de) l’ordinateur portable de Hunter Biden de désinformation, visant spécifiquement à aider Biden à remporter l’élection », s’insurge l’ancienne élue de Hawaï.

Ce dimanche, la candidate au poste de DNI a enfoncé le clou en mettant en ligne sur la plateforme « X » une réponse, datée du 19 octobre 2020, de John Brennan, ancien directeur de la CIA, à un message électronique du même jour, de l’ex-analyste de la même agence, Michael Morell dans laquelle le premier retorque : « Ok, Michael, ajoute mon nom à la liste. Bonne initiative. Merci de m’avoir demandé de signer ».  Le courriel d’appel à signatures donc de Michael Morell se termine par la chute suivante : « J’essaie de donner à la campagne, notamment lors du débat de jeudi, un argument pour faire pression sur Trump à ce sujet ». Le dernier débat Biden-Trump de 2020 avait eu lieu le 22 octobre.

Ajouter à cela, « L’ancien directeur du renseignement intérieur, James Clapper, a menti à cette commission en 2013 (présidence de Barack Obama) en niant l’existence de programmes qui ont facilité la collecte massive des données téléphoniques et Internet de millions d’Américains, mais n’a jamais été tenu pour responsable. Sous la direction de John Brennan (de 2013 à 2017), la CIA a abusé de son pouvoir en espionnant le Congrès pour échapper au contrôle, a menti sur ce fait jusqu’à ce qu’elle soit prise, et n’a pourtant jamais été tenue pour responsable ».

Lors de son intervention préliminaire, l’ancienne représentante n’a pas uniquement fait dans l’attaque. Elle a aussi usé, avec doigté, de prolepses ou figures rhétoriques consistant à réfuter par anticipation les attaques des adversaires ; procédé qui, au demeurant, ne peut être utilisé efficacement que sur la base d’une très bonne préparation. « Vous entendriez peut-être des mensonges et des calomnies lors de cette audience qui mettront en doute ma loyauté et mon amour pour notre pays. Ceux qui s’opposent à ma nomination sous-entendent que je suis loyal à quelque chose ou à quelqu’un d’autre qu’à Dieu, à ma propre conscience et à la Constitution des États-Unis. Ils m’accusent d’être la marionnette de Trump, de Poutine, d’Assad, d’un gourou, de Modi, sans réaliser l’absurdité (en m’accusant) d’être simultanément la marionnette de cinq marionnettistes différents », alerte Mme Gabbard en rappelant que : « La même tactique a été utilisée contre le président Trump et a échoué. Le peuple américain a élu le président Trump avec une victoire décisive et un mandat de changement. Le fait est que ce qui perturbe vraiment mes adversaires politiques, c’est que je refuse d’être leur marionnette ».

Dès la sélection de sa candidature au poste de DNI, Tulsi Gabbard a été la cible de plusieurs attaques qui se sont avérées non fondées.

Des révélations troublantes (c. écran-DR)

C’est la tragi-comédie qui frise la caricature, dans laquelle l’extrémisme liberticide et anti-arabe des Démocrates a enfermé les États-Unis écornant, de facto, sérieusement les valeurs qu’ils ont toujours revendiquées. Ainsi, pour avoir critiqué la désignation de Kamala Harris à la présidentielle de novembre 2024, après de retrait de Joe Biden, Tulsi Gabbard dit avoir vu son nom figurer sur une liste une liste consacrée au terrorisme domestique. « Personnellement, à peine 24 heures après avoir critiqué Kamala Harris et sa nomination, j’ai été inscrite sur une liste secrète de surveillance du terrorisme intérieur appelée Quiet Skies. Malheureusement, il existe d’autres exemples », déplore Tulsi Gabbard. Et c’est tout sauf un simple narratif de persuasion malveillante. Le 20 août 2024, ce blacklisting de l’ancienne parlementaire et officier supérieur de l’armée américaine a fait l’objet d’un courrier électronique de protestation, adressé par le sénateur républicain de Iowa, Charles E. Grassley, au patron de l’Administration de sécurité des transports (TSA), David P. Pekoske, dans lequel, il est notamment mentionné «  Selon Mme Sonya LaBosco, directrice exécutive de l’Air Marshal National Council (AMNC), la TSA a ajouté la lieutenante-colonelle Gabbard au programme Quiet Skies le 23 juillet 2024, le lendemain de ses critiques de la vice-présidente Harris, du président Biden et de l’État de la sécurité nationale lors d’une interview sur Fox, et des agents fédéraux de sécurité aérienne ont été affectés à son premier vol qui en a suivi, le 25 juillet. Mme LaBosco a également déclaré que des lanceurs d’alerte ont révélé que la TSA avait affecté deux équipes canines de détection d’explosifs, un spécialiste de la sécurité des transports en explosifs, un superviseur de la TSA, en civil et trois agents de sécurité aérienne fédéraux pour surveiller la lieutenante-colonelle Gabbard à chaque fois qu’elle prend un vol. » À la même date, Tulsi Gabbard avait déjà subi ce traitement à huit reprises.

S’agissant des questions de sécurité au Moyen-Orient, l’ancienne parlementaire n’a pas pris de gants pour démonter la propagande politico-médiatique occidentale déployée au Moyen-Orient et consistant à qualifier de « rebelles » des extrémistes armés qui n’ont aucune considération pour la vie humaine. « Je n’aime ni Assad, ni Kadhafi, ni aucun autre dictateur. Je déteste simplement Al-Qaïda. Je déteste que nous ayons des dirigeants qui se rapprochent des extrémistes islamistes, les réduisant à de soi-disant rebelles. Comme Jake Sullivan (conseiller à la Sécurité nationale de 2021 à 2025) l’a dit à Hillary Clinton, je cite : Al-Qaïda est de notre côté en Syrie. Or, la Syrie est aujourd’hui contrôlée par une branche d’Al-Qaïda, HTS, dirigée par un djihadiste islamiste qui a dansé dans les rues le 11 septembre et qui est responsable de la mort de nombreux militaires américains ». Des extrémistes violents au pouvoir, c’est aussi le meilleur moyen de miner l’avenir des pays arabes et de les enfermer dans le statut de bouc émissaire et de souffre-douleur de l’humanité.

En outre « Sous Biden, le FBI a abusé de son pouvoir pour des raisons politiques afin de tenter de surveiller les catholiques qui assistent à la messe traditionnelle latine, les qualifiant de catholiques traditionalistes radicaux, entre guillemets (…) et les sénateurs démocrates ont eu recours, par le passé à un sectarisme antichrétien contre certains des juges nommés par le président Trump, comme Amy Coney Barrett et Brian Boucher », tance l’ancienne démocrate

À l’issue de désaccords larvés qui remontent à 2016, Tulsi Gabbard a définitivement claqué la porte du Parti démocrate en octobre 2022 accusant cette formation politique d’être « sous le contrôle total d’une cabale élitiste de fauteurs de guerres (…) qui utilisent comme armes, les services de sécurité nationale pour s’en prendre à leurs adversaires politiques. »

Il est temps de rectifier le tir. « En fin de compte, tout cela doit cesser. La réélection du président Trump est un mandat clair du peuple américain pour mettre fin à ce cycle d’échecs, à la militarisation et à la politisation des services de renseignement et pour commencer à restaurer la confiance envers ceux qui ont été chargés de la tâche cruciale de sécuriser notre nation. », soutient-elle dans son intervention de jeudi dernier

Femme politique atypique, encore une fois, Tulsi Gabbard n’a pas fait dans les manières convenues. Au lieu de se contenter de répondre aux questions des sénateurs chargés de se prononcer sur sa candidature, elle a choisi la posture offensive, en ciblant, d’abord sa famille politique d’origine ; un jeu d’équilibriste à haut risque. Mais la nominée sait aussi que les sénateurs démocrates, en minorité depuis les élections de novembre 2023, préfèrent, dans les conditions qui sont les leurs, une personne dont la démarche est guidée par des principes et non par des allégeances de circonstance, imprévisibles et aux contours très erratiques. 

Dahmane SOUDANI

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