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Chute du cours du brut. Les monarchies du Golfe jouent avec le feu

Depuis juin dernier, le cours du brut a baissé de moitié, essentiellement en raison de l’augmentation de la production de l’Arabie saoudite. À travers cette intensification le royaume wahhabite poursuit au moins deux objectifs.

 

En 2013, en franchissant la barre de 12 millions de barils/jours –selon une étude de l’U. S. Energy information administration du 10 septembre 2014-, les Etats-Unis ont produit plus de pétrole que l’Arabie saoudite dont la cadence se situait alors autour de 11,6 millions de barils/jours. La monarchie wahhabite est donc tombée de son piédestal de premier producteur mondial de brut. Mais, du point de vue de Ryad, ce n’est pas l’aspect le plus pénalisant. Assise sur un gisement de pétrole (20% des réserves mondiales connues), la monarchie a toujours utilisé cet atout pour se rendre indispensable aux yeux de Washington et bénéficier ainsi de la protection et des indulgences de l’Oncle Sam. Les habitudes finissant par générer des aptitudes, la monarchie a perdu son rôle de danseuse du ventre et elle veut, à tout prix, le retrouver.

Casser le schiste pour retrouver le fauteuil de monarchie favorite

Les Etats-Unis sont en train de s’installer dans le fauteuil de premier producteur mondial de pétrole, essentiellement en raison de l’exploitation, par fracturation hydraulique, du pétrole de schiste. Mais déjà à 80 dollars le baril, pour des raisons de rentabilité, sur la durée, une partie de la production issue de ce procédé, d’ailleurs ardemment combattu par les écologistes, ne pourra pas survivre. Entre 50 et 69 dollars, 80% de la production de pétrole des États-Unis sera affectée par de sérieux problèmes. Rappelons, pour mémoire, que depuis 1973, l’exportation de brut américain n’est toujours pas permise.

Les Américains vont-ils permettre à leur « allié » saoudien de détruire un pan aussi large de leur économie ? Rien n’est moins sûr.

La Russie dans le collimateur de Ryad

Pour le moment, ils laissent faire parce que la monarchie a une visée géopolitique qui consiste à priver la Russie et l’Iran de toute possibilité d’établir une coopération structurelle, en asséchant leurs réserves financières. Et c’est sans doute le premier objectif recherché à travers l’ouverture des vannes de l’or noir saoudien : Affaiblir la Russie et contribuer ainsi à saper l’instauration d’un monde multipolaire. L’objectif ultime étant la poursuite de la destruction des ressources de la planète pour gaver une poignée de pétrolivores.

L’inondation du marché du brut par Ryad –conjuguée au ralentissement de l’économie en Chine et en Europe- peut avoir comme dégâts collatéraux la création d’une conflit d’intérêts entre la Russie et la Chine, l’amoindrissement des moyens de paiement de  pays comme l’Algérie ou le Nigeria ou encore la perturbation de l’exploitation des sables bitumineux au Canada, rentable uniquement au-delà de 100 dollars le baril. Mais elle n’est pas sans conséquence sur les monarchies du Golfe elles-mêmes. Pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) regroupant l’Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unies, Koweït, Qatar et Oman, en 2014, cette politique devra se solder par la perte sèche de 350 milliards de dollars -le rebondissement de vendredi dernier de 2,41 dollars, pour le brut qui s’était établi à 56,52 dollars-, n’apportera aucune compensation substantielle-

Même si -hors Oman et Bahreïn-, ces pays disposent de réserves financières estimées à 2 500 milliards de dollars. Ils ne pourront pas tenir trop longtemps face à la casse du prix du brut qu’ils ont eux-mêmes orchestrée ; leurs dépenses publiques étant voisines de 550 milliards de dollars par ans.

 Nouvelle doctrine militaire

 Au plus, ils pourront encore tenir quelques mois en prenant des mesures impopulaires. Reste que ce jeu est dangereux. Le boomerang des révoltes arabes de 2011 qu’ils ont, en grande partie, contribué à fomenter, les guettent. Si à l’issue de leur aventure, ils s’en sortent financièrement trop affaiblis, ils n’auront plus la capacité de s’offrir la paix sociale, comme l’avait d’ailleurs fait, la même année, l’Arabie saoudite en mobilisant des dotations budgétaires supplémentaires de près de 200 milliards de dollars -l’équivalent de la totalité des réserves en devises de l’Algérie- pour financer des mesures sociales.

Rien ne dit, par ailleurs, que les autres parties visées par ce stratagème vont rester les bras croisés. Si d’aventure, les Russes découvraient des liens locaux avec les dernières attaques terroristes contre leur pays, cela pourrait totalement changer la donne. Le 19 décembre 2014, Vladimir Poutine, le président russe, a développé la nouvelle doctrine militaire de Moscou selon laquelle toute atteinte à la sécurité de ce pays aura une réponse « systématique et ferme ».

Dahmane Soudani

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