Le jeu trouble du Caire soulève beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes.
Profitant la vague d’indignation universelle soulevée par le génocide en cours à Gaza, al-Sissi, le président égyptien bombe le torse et envoie quelques dizaines de chars, sans protection aérienne ou presque, au nord du Sinaï, près de la frontière avec la bande de Gaza. On aurait pu croire que devant le martyr des Gazaouis et des Palestiniens de Cisjordanie, le narcissique Raïs ait eu un sursaut d’orgueil et d’humanité et adresserait ainsi un signal fort à Israël pour dissuader Netanyahou de lancer une offensive meurtrière contre les 1,4 million de personnes entassées par l’armée israélienne dans la province de Rafah, extrême sud de la bande de Gaza.
Si tel était le cas, de facto, le déploiement d’une telle force, si limitée soit-elle, serait une remise en cause des accords de Camp David du 17 septembre 1978 qui disposaient que ni l’Égypte ni Israël ne pouvait concentrer de forces armées à proximité des frontières[1].
D’un camp de concentration à l’autre ou la tragédie sans fin
À ce propos, on remarquera que ni Israël, ni ses protecteurs les plus inconditionnels et encore moins la presse de l’empire n’ont pipé mot à propos de ce mouvement des troupes égyptiennes.
En fait, selon des informations de plus en plus persistantes, dont certaines auraient fuité de l’entourage de la présidence Égyptienne, contre l’avis des tribus du Sinaï et des Gazaouis, cette manœuvre vise à forcer le transfert les Palestiniens de l’enclave palestinienne vers la péninsule égyptienne. Elle serait le résultat de tractations secrètes entre Égyptiens et Israéliens. On évoque même un mur de 7 mètres de haut autour d’un méga-camp de réfugiés. D’un camp de concentration à l’autre, pour permettre à des colons de s’installer sur leurs terres (des Palestiniens) ancestrales, la tragédie des Palestiniens ne semble pas connaitre de fin.
La famine et les privations de soins comme armes de guerre
Selon ces mêmes informations qui toutefois, restent à vérifier, dans un premier temps Israël va concentrer ses attaques massives depuis le nord de la province de Rafah et les diriger progressivement vers le sud pour pousser les populations à se diriger vers la frontière avec l’Égypte. Dans troisième temps les barrières frontalières seront, à leur tour, bombardées. Terrorisés et terrassés par les atteintes à leur intégrité physique, les traumatismes, les maladies, la faim et une indigence extrême, les Palestiniens de Gaza -dans ces conditions dépourvus de toute représentation cohérente- n’auront d’autres choix que de quitter leur pays. Il n’échappe à personne qu’Israël utilise la famine et la privation de soins, comme armes de guerre.
Et c’est là où l’Égypte d’al-Sissi aura le beau rôle. Non seulement ses soldats ne tireront pas sur des « frères » palestiniens fuyant les exactions les plus inhumaines du barbare sioniste, mais ils les accueilleront sous des tentes flambant neuf avec de la nourriture en abondance à la clé ; tout ceci à la seule condition qu’ils n’en ressortent plus jamais et qu’ils ne constituent pas une source d’inquiétude ni pour l’Égypte ni pour Israël ; Israël avec lequel l’Égypte a bâti de « solides accords sur quatre décennies », disait, il y peu de temps Sameh Shoukry, ministre égyptien des Affaires étrangères.
Devenu très fébrile, ces derniers temps, le Caire ne cesse de publier démenti sur démenti, mais des image satellite montrent des travaux de viabilisation de terrains dont l’un celui de Jaouz Abou Raad à l’est du SinaÏ serait d’une superficie de près de 400 km2.
Sur la même ligne de front qu’Israël
On connait même le nom de l’entrepreneur qui a décroché le marché des aménagements, le Sinaïque Ibrahim al-Ajarma pour ne pas le nommer
Al-Sissi ne s’intéresse ni à l’Égypte, ni aux Palestiniens, ni à ce qu’on appelle encore le Monde arabe et encore moins aux causes justes de par le monde. D’une médiocrité au ras des pâquerettes, il est fasciné par la survie de son régime et considère que le Hamas est un ennemi mortel et rédhibitoire.
Après le coup d’état du 3 juillet 2013 qu’il avait conduit contre Mohamed Morsi (Parti de la liberté et de la justice), le premier président démocratiquement élu en Égypte en juin 2012, son régime avait accusé le mouvement Hamas et le Hezbollah, en alliance avec les Frères musulmans d’avoir tenté d’organiser l’évasion du président renversé. Qui lui aurait mis cette idée dans la tête ? C’est mystère et boule de gomme ! Reste que, depuis, confondant benoitement différences idéologiques et dimension stratégique d’émancipation des peuples de la région, il a bloqué le curseur ad vitam aeternam sur cette fixation obsessionnelle et s’est enfermé dans une circularité suicidaire, sans issue, une aporie pourrait-on dire, du point de vue du patriotisme égyptien.
Depuis, le régime mis en place par al-Sissi se retrouve objectivement sur la même ligne de front qu’Israël, avec les mêmes ennemis.
Lorsque les chiens n’aboient pas…
Comme pour le très récent mouvement de troupes égyptiennes dans le Sinaï, tous les champions auto-proclamés de la démocratie et des droits de l’Homme étaient restés étrangement silencieux sur le coup d’état de 2013. Contre l’avis des acteurs du putsch eux-mêmes les médias occidentaux vont jusqu’à exagérer le nombre de manifestants qui ont précédé le renversement du président Morsi. À titre d’exemple, alors que les militaires eux-mêmes annonçaient, via Reuters, 14 millions de personnes dans les rues pour la manifestation du 30 juin 2013, l’AFP signale 17 millions de manifestants. Lorsque les chiens n’aboient pas ils sont familiers avec l’odeur du visiteur.
En fait, aujourd’hui, tout porte à croire qu’al-Sissi a été aiguillé depuis longtemps par les faiseurs supranationaux de « rois », dès les premiers déboires de Hosni Moubarek. Et il lui est impossible de se défaire de ce fils qu’il a à la patte.
Aujourd’hui, le temps presse. Israël est tenu d’adresser à la Cour internationale de Justice (CIJ) un rapport sur l’ensembledes mesures qu’il a prises pour donner effet au contenu de l’ordonnance du 26 janvier dernier de cette même juridiction, et ce avant le 26 février courant. Dans ces conditions, l’objectif de la manœuvre Israélo-égyptienne serait de montré que les populations ayant quitté la Palestine « volontairement », les injonctions de la CIJ n’ont plus lieu d’être. Al-Sissi renvoie ainsi l’ascenseur, un geste abominable complètement déconnecté de toute forme d’éthique et de morale. Les rues du Caire sont en ébullition. Le mouvement Tamaroud pourrait bien renaître de ses cendres.
Dahmane SOUDANI
[1] Par cette clause, de fait, l’Égypte d’Anouar Essadat avait reconnu à Israël le droit d’administrer les frontières de Gaza et des territoires du sud de la Palestine, occupés en 1967.


Bonjour j’ai retrouvé des archives du site ksari.com sur la situation régionale et sur l’egypte.
https://www.ksari.com/index.php/societe/1303-oum-eddounia-une-voyoucratie-noyee-sous-des-larmes-de-crocodile
https://www.ksari.com/index.php/contributions/392-arezki-sadat/812-gare-a-lintox-de-la-bete-immonde
https://www.ksari.com/index.php/toutes-les-nouvelles/102-point-de-vue/2660-plus-intelligents-que-nous-tu-meurs?highlight=WyJpbnRlbGxpZ2VudHMiLCJxdWUiLCJub3VzIiwiaW50ZWxsaWdlbnRzIHF1ZSIsImludGVsbGlnZW50cyBxdWUgbm91cyIsInF1ZSBub3VzIl0=
facile de dire cela quand il n’y a pas de frontière direct (je parle des algériens).