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Dire la vérité après l’abomination ou l’art de perpétuer le mensonge

Un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre, le massacre des gazaouis -qui n’est pas une guerre, il n’y a aucune symétrie[1]– finira par prendre fin. Et nous allons tous constaté, médusés ou dépités, que les médias qui avaient mis une chape de plomb sur le martyr du peuple palestinien de gaza, qui avaient, par tous les moyens, tenté d’effacer, à défaut de justifier ce crime de masse -et c’en est bien un-, vont le « découvrir », en faire les grandes manchettes et les choux gras, réchauffés devrait-on préciser.

Les plateaux des médias audio-visuels vont alors se peupler des persécutés d’aujourd’hui, réhabilités comme par un coup de baguette magique.

Pour se donner bonne conscience, par lâcheté, par léthargie spirituelle résignée et méphitique ou par crétinisme affligeant, les média-dépendants vont s’égosiller à clamer : « ils ont quand même fini par dire la vérité ». « L’homme stupide, devant tout discours, demeure frappé d’effroi » disait Héraclite, 2700 ans avant le temps présent. Sauf que consciemment ou inconsciemment, en même temps, qu’ils tentent de s’affranchir, par cet ignoble procédé, de leur forfaiture -trahison passive de l’humanité-, nos média-dépendants des temps présents s’engagent dans un processus de déculpabilisation d’une certaine presse par rapport à ses complicités de crime présumé de génocide[2].

Malheureusement, les dégâts ne se limitent pas à cette obstruction à la manifestation de la vérité, une seconde peine pour les victimes. Ils vont, hélas ! bien au-delà.

Bien évidemment la « redécouverte » de l’horreur et de la cruauté a postériori obéit à des raisons économiques, vendre plus d’exemplaires pour la presse écrite, avoir plus d’audience pour les médias audio-visuels et pour l’ensemble de la presse, comme c’est d’époque, avoir des sites plus référencés ; au final drainer plus de ressources sonnantes et trébuchantes.

Mais il y a aussi d’autres raisons d’ordre systémiques, liées à l’impératif de survie du système lui-même quitte à exhiber des dysfonctionnements amphibies, contrôlés, pour franchir des étapes périlleuses et d’environnement hostile. En clair une certaine presse dit des vérités qu’intrinsèquement elle ne devrait pas dire non pas parce qu’elle a changé de ligne éditoriale ou pour plaire à ses inconditionnels tenus en laisse et encore moins aux empêcheurs de tourner en rond, mais pour sa propre survie.

Pour survivre, le système médiatique dominant a besoin de neutraliser les esprits vigilants et de renforcer l’enchainement des média-dépendants à sa logique, en poussant ces derniers à considérer que le déni de vérité dont les médias se sont rendus coupables est accidentel et donc surmontable. Sauf que les expériences se répètent à une vitesse telle qu’elles deviennent une source de libération de la force gravitationnelle générée par la gigantesque entreprise de manipulation médiatique. Nombreuses sont les personnes qui, désormais, affirment, haut et fort, sur les diverses plateformes : « Gaza m’a libéré(é) et a libéré mon pays ». Cet affranchissement de la pesanteur du déni volontaire de vérité à grande échelle, donc du mensonge structurel, n’est pas encore assez fort pour provoquer un effondrement du noyau central du système médiatique de l’empire, mais il pourrait bien le devenir.

Surgit alors du débat la question du l’opportunité, du choix du moment pour dire la vérité. Autrement dit : pourquoi cette même presse s’abstient-elle d’être factuelle -va jusqu’à exiger de ses sources des versions des faits contraires à ce qui s’est réellement passé-, de dire la vérité au moment où tout se joue sur le terrain ?

Un conflit est un instant de fusion et/ou de rupture au cours duquel tout peut basculer.  Dans ces conditions les idées peuvent avoir autant d’impact que l’action concrète directe. Il s’agit donc simplement d’empêcher certaines opinions de s’exprimer au moment où elles peuvent avoir une prise quelconque, tant sur le corps social que sur le théâtre des opérations d’où le recours à des lois, des mesures et des prises de positions officielles liberticides, anticonstitutionnelles et contraire au droit international. En droit international, ce sont les opprimés, les colonisés, les déplacés… qui ont le droit de se défendre par tous les moyens et non l’inverse. En même temps qu’elles sont injustes, illégitimes et illégales, ces mêmes mesures, de par l’onde de choc qu’elles provoquent, deviennent de puissants outils de diversion. Elles génèrent une révolte secondaire à même d’estomper celle générée par la question centrale.

Cette convergence d’action entre le politique, l’institutionnel et une certaine presse montre bien, au grand dam des journalistes qui veulent exercer honnêtement leur métier -et ils sont nombreux-, que la presse soi-disant libre est instrumentalisée et remplit les tâches qui lui sont assignées. Elle est un système intermédiaire au service du système ultime. Là aussi, les exemples sont légions.

En dehors du contexte gazaoui, les gourous de la presse française n’ont-ils pas docilement retransmis, quasiment à la lettre, « les éléments de langage » qu’ont leur avait dictés lors d’un conclave sous les ors de la République ?

Dans la chasse à courre, parfois, pour plaire à leurs maîtres, les chiens tentent de faire plus de mal que les veneurs.

Dahmane SOUDANI


[1] Ce qui vous disent que c’est une guerre, vous méprisent et vous mentent. Il n’y a aucune symétrie entre les deux forces en présence. En fait, c’est un massacre de masse.

[2] Extrait de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, 9 décembre 1948

e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Article III
Seront punis les actes suivants :
a) Le génocide ;

b) L’entente en vue de commettre le génocide ;

d) La tentative de génocide ;

e) La complicité dans le génocide.

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